Olivia Bianchi

Photos de chevet

  Objets de prédilection, les photos de chevet témoignent de la relation singulière entre des écrivains et des images photographiques qui les ont hantés. Roland Barthes, Hervé Guibert et Susan Sontag ont en commun d’avoir médité sur la photographie à partir de ces épiphanies blessantes. En soutenant l’idée que la photographie est par nature asphyxiante, en vertu de ce surcroît de réalité qu’elle produit, cet essai remet en cause le qualificatif d’élixir de longue vie de la photographie.

112 pages

140 x 205 mm

15 € / 18 CHF

Date de parution : mars 2015

ISBN 978-2-9700925-4-4

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C’est autour de la réflexion de Roland Barthes, Hervé Guibert et Susan Sontag, qu’est consacré Photos de chevet, essai qui revisite de façon critique le qualificatif d’« élixir de longue vie » de la photographie, appellation qui n’est pas inepte au regard de la longévité de certains grands baroudeurs de l’image… Avançons l’hypothèse inverse en affirmant que la photographie, plutôt qu’elle allonge la vie, la rétrécit, qu’elle pèse sévèrement sur la destinée humaine en asphyxiant l’individu d’un surplus de réalité. Un réel qui se duplique jusqu’à l’ennui nauséeux et mortel si justement décrit jusque dans sa triste conclusion par Sénèque (« Nombreux sont-ils pour juger que vivre n’est pas atroce mais superflu »). La photographie ne dit pas que vivre est atroce ou superflu, elle dit que l’on peut aussi mourir de rien… Elle ne tue pas, comme le laisse envisager à l’accoutumée son rapprochement symbolique avec l’arme à feu, elle endort fatalement, tel le sphex qui par sympathie endort la chenille.

 

Cette sympathie particulière entre le regard photographique et la mort n’a pas échappé à la vigilance analytique de Barthes et de Guibert qui ont tous deux approfondi la photographie comme une blessure, suivant l’expression utilisée par Barthes. Tous deux, fondamentalement, ne se sont pas remis de cette asphyxie portée par l’image et qui a revêtu pour chacun d’eux un visage singulier ou pluriel.

 

Susan Sontag s’est quant à elle intéressée à la question éthique de ce rapport entre mort et photographie. Ses réflexions interrogent notre capacité à supporter visuellement la douleur des autres et notamment par le biais des images de guerre. Pourquoi photographier et pourquoi regarder des hommes mutilés et souffrants ? Des images de cadavres qui n’ont rien d’exquis, en dépit du caractère surréel qu’elle reconnaît parfois à la photographie, et qui engourdissent notre capacité de réaction et d’indignation face aux horreurs de la guerre ?

 

C’est de cette blessure physique et morale présente chez les trois écrivains que je suis partie pour tenter de cerner d’un peu plus près la puissance spéculative et pas uniquement réflexive de la photographie.

 

 

 

Olivia Bianchi enseigne la philosophie à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val de Seine et les lettres et arts à l’Université de Paris 7  ; elle a publié des ouvrages sur Hegel et Nietzsche ; elle est l’auteur d’un essai sur le rire.